Intempéries: en Belgique, «on n’a pas de culture du sauvetage»

Intempéries: en Belgique, «on n’a pas de culture du sauvetage»
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Après les bourgmestres d’Eupen, de Limbourg, de Verviers et de Theux la semaine passée, ce sont ceux de Chaudfontaine, de Pepinster (Michel Legrand, bourgmestre faisant fonction du 10 au 14 juillet puis Philippe Godin) et de Trooz (Fabien Beltran) qui doivent défiler ce vendredi au Parlement de Wallonie.

Comme leurs collègues, ils vont y témoigner de ce qu’ils ont vécu sur le terrain durant ces jours funestes de juillet durant lesquels leurs communes ont été submergées.

« Nous avons été confrontés à une véritable destruction de territoire », a d’emblée rappelé le bourgmestre de Chaudfontaine, Daniel Bacquelaine. Sa commune compte 1.871 habitations sinistrées, dont la toute grande majorité le long de la Vesdre. Quatre personnes y ont également perdu la vie et près de 1.200 autres ont été évacuées vers des centres d’accueil dans les communes voisines.

À Chaudfontaine, l’ordre d’évacuer a été donné dans l’après-midi du 14 juillet, avant la décision provinciale. « Je ne pense pas qu’il faut attendre qu’on nous dise ce que l’on doit faire dans ce genre de crise. À un moment donné, c’est tout de même au bourgmestre de décider, même s’il n’a pas reçu d’ordres venus d’ailleurs. Quand j’ai vu la vitesse de la Vesdre, j’ai décidé les premières évacuations tellement la rivière me semblait menaçante », a expliqué le bourgmestre.

« Le principe d’évacuation n’est pas simple. Parfois, on peut se demander si on ne met pas les gens davantage en danger », a-t-il toutefois ajouté en déplorant par ailleurs l’absence de pré-alerte pour la Vesdre. « On en a eu une pour l’Ourthe mais elle est arrivée trop tard. »

« Le débat sur la gestion des barrages est essentiel »

Daniel Bacquelaine est également revenu sur la question des barrages. « On nous a dit que sur les 12 millions de m3 tombés, 6 millions avaient été retenus par les barrages. Est-ce que les choses auraient été différentes si les 12 millions de m3 avaient été retenus ? J’ai toujours été mesuré sur ce sujet mais le débat sur l’optimisation de la gestion des barrages est essentiel », tout comme ceux sur « l’aménagement du territoire et l’artificialisation des sols », a-t-il expliqué avant de céder la parole à Michel Legrand, le bourgmestre faisant fonction de Pepinster entre le 10 et le 14 juillet.

« Attendre aura été le verbe le plus conjugué à toutes les formes durant cette crise », a affirmé ce dernier. Entre les bateaux pas assez puissants, le manque de ravitaillement et la Défense « qui envoie deux hommes pendant 4 heures avant de les rappeler à la caserne de Spa », la commune finit par réquisitionner des engins agricoles et des camions d’entreprises de terrassement pour porter secours aux habitants toujours bloqués chez eux alors que des maisons commencent à s’effondrer.

« J’ai habité 25 ans au bord de la Vesdre. J’ai connu des montées d’eau mais ici, on était à 2,75 mètres », a-t-il résumé, toujours stupéfait de l’ampleur de la crue.

Le 14 juillet dans la soirée, Michel Legrand laisse la place à Philippe Godin, le bourgmestre titulaire. De retour de vacances, celui-ci reprend les commandes. Outre ses fonctions maïorales, l’homme est assureur de métier. « Une double peine », a-t-il dit aux parlementaires régionaux. « Aujourd’hui, la détresse de la population est encore énorme. C’est important, pour le futur, de d’abord comprendre ce qu’il s’est passé puis de prendre les mesures indispensables afin de retrouver une certaine sérénité parce que pour l’instant, ce n’est pas le cas », a souligné le responsable.

Lui aussi a longuement pointé le manque de moyens, notamment de bateaux suffisamment puissants pour faire face à la fureur des flots. À Pepinster, une embarcation a d’ailleurs chaviré. À son bord, 5 sauveteurs et 3 sinistrés qui ne survivront pas.

« Comment n’a-t-on pas réussi à rendre palpable l’impact des délestages » des barrages ?, s’est par ailleurs interrogé le bourgmestre. « Là, il y a un manque. On a eu une montée de 80 cm en une minute. Nous n’avions plus d’électricité ; nous ne travaillions que grâce aux informations de la police et des services de secours via le réseau Astrid. On ne pouvait pas prendre de décision cohérente si nous n’avions que des informations rassurantes », a-t-il poursuivi. « On aurait peut-être pu sauver des vies. » Six habitants de Pepinster sont morts dans les inondations.

« Nous nous sentions bien seuls, en tout cas au niveau de l’aide. Nous avons géré toute cette période seuls parce que nous n’avions pas d’aide extérieure », a enfin résumé Philippe Godin.

Dans l’après-midi, la commission d’enquête doit encore entendre Fabien Beltran, le bourgmestre de Trooz.

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